Ancré dans la constellation néofasciste, le groupe féminin « Némésis » a été au coeur de l’actualité ces derniers mois. Ce groupe militant, très faible numériquement, s’est spécialisé dans des happenings visant à dénoncer l’immigration et l’islam, les immigré·es et les musulman·es, sur le modèle de la mouvance identitaire. Son axe idéologique est celui du fémonationalisme, expression forgée par la politiste Sara R. Farris en 2012, ou plus précisément de la racialisation du sexisme. Celle-ci a permis d’ajouter une note à la gamme xénophobe et islamophobe de l’extrême droite, tout en contestant au mouvement féministe et à gauche la défense des femmes et de leurs droits. Pour parler de ces enjeux, devenus importants au cours des dix dernières années, j’ai le plaisir de recevoir la sociologue et politiste Charlène Calderaro, qui a soutenu une thèse portant, précisément, sur l’appropriation du féminisme par l’extrême droite. Elle a pour cela enquêté sur les militantes de Némésis mais surtout sur le rôle qu’a joué le féminisme d’État – notamment tel qu’il a pu être incarné par Marlène Schiappa durant plusieurs années – dans la progression de ces courants et, plus largement, d’idées fémonationalistes. Charlène Calderaro montre notamment comment les violences de genre ont été politisées et problématisées – à travers des campagnes officielles, des discours publics et la législation autour du harcèlement de rue – d’une manière qui favorisait des appropriations nationalistes et racistes de la cause des femmes. Enregistrement et mixage : Aurélien Thome.



