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Ce qui compte, ce sont les histoires (de femmes pirates)

Il s’agirait de “la fiction la plus ambitieuse jamais réalisée par Arte Radio”. Au-delà d’une production magnifique, digne du grand cinéma, La dernière nuit d’Anne Bonny est d’abord une bonne histoire, une très, très bonne histoire d’amour et de liberté. 

Il existe peu de traces historiques sur la vie d’Anne Bonny. Née en Irlande au 18e siècle, elle côtoya de grandes figures de la piraterie. Dans ce podcast hautement produit par Arte Radio, l’autrice et journaliste Claire Richard (à qui l’on doit entre autres superbes choses Les chemins de désir et, plus récemment, Des mains heureuses) recolle les bouts, s’aidant de son imagination. Le récit est entrecoupé par les interventions de deux historien·nes qui questionnent la notion même « d’Histoire » en la confrontant à celle de fiction.

Un bonheur intense pour les oreilles

Forcément, une femme pirate, ça fascine. Le destin d’Anne Bonny – personnage courageux pour certains, “de mauvaise vie” pour d’autres comme le Capitaine Johnson – a donné lieu à de nombreuses interprétations. Le fil rouge du récit est la dernière nuit d’Anne Bonny – interprétée par Catherine Hiegel de la Comédie-Française. La vieille dame devenue maquerelle se raconte à une jeune fille de joie qu’elle emploie (Apolline, jouée par Alice Belaïdi). Sentant la mort approcher, elle désire rectifier la vérité sur son histoire.

Riche et merveilleux pour l’oreille, ce podcast est rempli de détails comme autant d’inspirations pour l’auditeurice. La réussite est un travail d’équipe : il y a le talent indéniable des comédiens et comédiennes, celui des réalisateurices et des techniciens ainsi que l’écriture ingénieuse de Claire Richard, généreuse, qui offre plusieurs niveaux d’écoute.

Recréer la vie, comme au cinéma

Pour ce projet, Arte Radio a employé les grands moyens. La série dure près de trois heures, le casting engage une vingtaine de comédiens·iennes, la musique est originale, les réalisteurices (Arnaud Forest et Sabine Zovighian) sont des artistes primés et le tournage s’est déroulé en studio comme si la finalité était le grand écran. Le projet est ambitieux. Et, comme si ça n’était pas suffisant, il existe une version pour les enfants, Anne Bonny, la reine des pirates. Là aussi c’est un très bel objet sonore, un cadeau sublime de la production pour le bonheur des plus petits qui tanguent joyeusement avec lui, “sans pleurnicher, […] sans chouiner qu’on préférerait des frites”, car “être pirate c’est une affaire sérieuse, mon petit”.

Mêler intime et politique

La Mort – l’un des personnages principaux du podcast – aime voir les mortels se battre avec leur liberté. Il faut dire que les cartes ne sont pas distribuées également dès le départ. Mais il y en a toujours qui parviennent à tracer des lignes inattendues… Certains entrent même dans l’Histoire. Anne Bonny est de ceux-là. Claire Richard écrit sur une figure féminine qui se bouge, un peu plus que la moyenne, pour vivre libre, livrant un récit à la fois politique et intime, éveillant l’imagination par le biais d’un univers exotique de piraterie.

C’est vrai qu’on sait très peu de choses sur Anne Bonny. Elle figure dans les archives des procès de piraterie, en 1721, en Jamaïque. Après le procès, il n’y a plus rien… Nada. Et puisqu’il n’y a rien, beaucoup de chemins sont possibles. Claire Richard en trace un. Mais reprenons depuis le début : ”Ce qui compte, ce sont les histoires […] Pour qu’une vie échappe à la mort, il faut qu’elle ait donné matière à des histoires. Peu importe qu’elles soient vraies”, nous dit encore La Mort. Eh bien La dernière nuit d’Anne Bonny est avant toute autre chose, une histoire. Une très très bonne histoire de pirates, d’amitié, d’amour et de liberté.

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