LA VOIX DANS TA TÊTE · Le mag du podcast

Charline Cauchie: « Dire ‘je’ dans un projet journalistique, c’est quelque chose d’assez nouveau pour moi »

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Lauréate du prix du public lors de la dernière édition du Brussels Podcast Festival pour Ma Voix T’accompagnera, Charline Cauchie s’est confiée au micro de La Voix Dans Ta Tête. Avec elle, on a parlé de sa propre expérience avec l’hypnose, des coulisses de son podcast et de ses prochains projets.
Ce podcast, c’est le petit frère d’un film documentaire du même nom de Bruno Tracq. As-tu été intégrée au projet dès le début ou t’es-tu ensuite greffée au projet de Bruno Tracq?

C’est moi qui me suis intégrée par la suite au projet. Bruno travaillait sur ce documentaire depuis plusieurs années et, arrivé à la fin du processus, il s’est rendu compte que la thématique de l’hypnose était quand même assez complexe. Son documentaire nous transporte dans une ambiance, on est dans les yeux des patients, dans leurs perceptions et sensations, donc on sent très fort les choses. Il y a un travail sur la musique, des effets spéciaux… Tout ça rend l’expérience très forte, voire onirique, mais par contre il n’y a pas d’explications plus journalistiques ou scientifiques sur ce qu’est l’hypnose. Vu qu’il y a tellement de fantasmes autour de cette discipline, il s’est dit que ce serait bien d’avoir un podcast autour qui apporte des réponses. C’est comme ça qu’il m’a contacté et que le projet est né.

Dans le podcast, tu dis assez rapidement que tu as toi même consulté une psy qui pratique l’hypnose et que tu as donc fait ta première séance. Est-ce que c’est finalement ton podcast qui t’as amené à l’hypnose? Ou avais-tu déjà un intérêt pour l’hypnose avant?

J’avais un intérêt pour l’hypnose, mais pas très concret. Je me disais qu’un jour, je ferais bien des séances, mais ce n’était pas du tout quelque chose que j’avais prévu à court terme. Ça a donc été l’occasion de tester ça. Cela m’intéressait à titre personnel. D’ailleurs la psy que j’ai été voir est une psy qu’on m’avait déjà recommandée auparavant. C’est grâce au podcast que je m’y suis plongée.

Avais-tu idées reçues sur l’hypnose avant de faire ce podcast?

Comme tout le monde j’imaginais que pendant une séance d’hypnose, on dormait. C’est un des premiers trucs qu’on apprend quand on s’intéresse à l’hypnose: ce n’est pas du tout de l’ordre du sommeil. Quand on est en hypnose, on est tout à fait conscient. Ce n’est pas non plus une expérience totalement déroutante où on a l’impression de sortir de son corps. Enfin, peut-être pour certains, mais en général une séance d’hypnose est quelque chose de très banal, et pour beaucoup de gens, simplement très agréable.

Est-ce que tous les chirurgiens acceptent l’hypnose dans leur salle d’op ou pas toujours?

C’est souvent quelque chose qui se fait main dans la main avec les chirurgiens et les anesthésistes. Dans le cas des deux anesthésistes de Saint-Luc que j’interview, c’est même le chirurgien qui leur a proposé de se former, il y a dix ou quinze ans. Mais j’imagine que oui, il doit y avoir des chirurgiens qui sont plus réfractaires. Dans le cadre de Saint-Luc, ça fait des années qu’ils travaillent ensemble et je pense que les chirurgiens sont assez satisfaits. Il y en a même certains qui contactent l’équipe pour certaines chirurgies qui ne se font pas encore forcément sous hypnose, et qui demandent si ça peut se faire car leur patient·e ne peut pas avoir d’anesthésie générale.

Cela veut dire que la médecine reste ouverte à d’autres choses…

Oui, et ça je m’en suis rendue compte. On a cette vision d’une médecine très institutionnelle, avec des gens très carré, terre à terre. Et puis quand on parle avec Marie-Elisabeth Faymonville qui est la sommité en Belgique et qui est aussi anesthésiste, elle parle de transe, de trans-chamanique, de méditation. Ce sont des termes assez récents. Ces médecins-là, à l’Université de Liège et au CHU, n’ont pas du tout peur de les employer et ils sont très à l’aise avec ça. Je crois qu’il y a une vraie curiosité de la part de certains médecins. Même en recherche, on finance des recherches sur les expériences de mort imminente, l’effet de la méditation, etc.

Dire "je" dans un projet journalistique, c’est quelque chose d’assez nouveau pour moi et que j’ai beaucoup aimé faire. Le podcast me l’a permis.

Ma Voix T’Accompagnera est ton premier podcast. Quelles sont les choses que tu n’avais pas imaginée avant en ce qui concerne la création d’un podcast?

J’étais assez naïve par rapport à plein de choses. Au départ, j’imaginais que j’allais enregistrer en studio avec une anesthésiste pendant vingt minutes, et puis que je ferais dans le montage un début et une fin et voilà, j’ai mon podcast. Et en fait pas du tout. Il y a toute une partie de création sonore, d’intégrer d’autres interviews, de mettre de la musique au milieu de tout ça, et ma voix aussi! Très vite, lors des échanges avec la RTBF qui a écouté mon épisode pilote, ils m’ont reproché le fait que je ne prenais pas assez part moi-même en tant que journaliste au récit. Dire « je » dans un projet journalistique, c’est quelque chose d’assez nouveau pour moi et que j’ai beaucoup aimé faire. Le podcast me l’a permis. Je n’avais pas non plus imaginé que ça prendrait autant de temps. J’avais un peu sous-estimé la quantité de travail. Ça n’a pas été difficile mais ça a été long et ça a demandé une bonne dose d’énergie que je n’avais pas anticipée au départ.

Quels podcasts t’ont inspiré pour Ma Voix T’Accompagnera?

J’aime beaucoup la série de podcasts Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé, car il y a un ton documentaire très fort. Depuis longtemps, c’est une source d’inspiration. Je ne sais pas où j’ai entendu ça, mais j’aimais bien aussi terminer l’interview d’une personne en complétant moi-même sa phrase. Plutôt que de parler depuis un point de vue journalistique, surplombant, cela permet de tisser une histoire qui part de l’interviewé·e, puis qui continue avec ma voix. C’est chouette de créer une sorte d’horizontalité entre nous, journalistes, et la personne qu’on interviewe ou qu’on entend au micro.

Tu as eu des retours de personnes qui se sont mises à l’hypnose?

Au tout départ, j’ai eu des retours de mes proches, donc c’est difficile de savoir s’ils sont vraiment objectifs. Ensuite, des gens plus éloignés m’ont contacté, notamment pour avoir les contacts de la psy qu’on entend dans un des épisodes. Elle m’a d’ailleurs dit qu’elle avait reçu pas mal de coups de fil et qu’elle continuait à en recevoir. Je trouve ça très chouette que le podcast vive sa vie comme ça et qu’il ne soit pas périmé au bout d’un mois de mise en ligne. C’est une grande satisfaction. Pendant le BPF, quelqu’un m’a fait un super retour. L’épisode 5 parle de vivre sa grossesse et son accouchement avec l’aide de l’hypnose. Une jeune femme m’a parlé de cet épisode en me disant qu’elle est très éloignée du désir d’enfant, mais qu’elle a été super émue par ce sujet. Et c’est aussi ça que j’avais envie de créer: une forme d’empathie et de proximité avec des situations et des personnes qui ne sont pas forcément proches de soi. J’ai récemment été interviewée par Télérama, et c’est une petite consécration personnelle. Grâce à ça, on va peut-être aussi être écouté en France.

Qu’est-ce que ça signifie pour toi de remporter le prix du public au BPF?

Ça me fait hyper plaisir. J’ai eu 1800 votes, donc même si mes proches et mes amis ont voté, c’est impossible qu’il n’y ai eu qu’eux. L’air de rien, l’hypnose semblait être un thème assez particulier, et au final, si on a la curiosité de passer ça et d’aller écouter, ça peut plaire aux gens et leur amener une information à laquelle ils n’avaient pas forcément réfléchi, une autre manière de voir la médecine, d’envisager de se soigner différemment. On est quand même dans une période assez particulière par rapport aux soins de santé, à la place qu’ont pris les soignants dans notre société, donc je suis contente de porter cette parole-là et de montrer cette discipline, particulièrement en ce moment.

Quel est ton podcast préféré du moment et pourquoi?

J’ai commencé à écouter comme beaucoup de gens Le Coeur sur La Table de Victoire Tuaillon. Mais sinon mon dernier coup de coeur c’est vraiment La Politique des Putes. Il y a aussi Murmur d’Ambre Ciselet. Elle fait toute une série d’épisodes sur des détenus en réinsertion qui ont signé pour un programme de formation plutôt que d’aller en prison.

Quels sont tes prochains projets?

J’ai deux idées de podcast en cours. D’abord, une adaptation d’un documentaire. L’idée serait d’adapter d’une façon similaire à Ma Voix T’Accompagnera un documentaire autour du rap belge. Le rap, c’est pas du tout ma discipline, mais j’ai envie de travailler en binôme avec une journaliste qui a un profil différent du mien, ça me réjouit. Il y a un autre projet sur lequel je travaille avec une philosophe. C’est sur la prostitution belge. On a envie de donner la parole aux personnes concernées, qu’on entend très peu et sur lesquelles ont parle beaucoup, pour en dire des choses parfois très ambivalentes. Dans le podcast en Belgique, il n’y a pas encore d’équivalent à La Politique des Putes, ou d’autres podcasts qui traitent de ça en France.

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